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Attention, colère à l’horizon…

Il y a une belle expression populaire, au Maroc, à propos de la pluie qui dit « Allah i âtiha lina âla kedd ennfaâ ». Ce qui veut dire à peu près ceci : « que Dieu nous la donne (la pluie) juste à concurrence du bien qu’elle peut nous faire (pas plus) ».
Cette semaine, nous, les Marocains dont tout le monde sait l’attachement viscéral à  la pluie ; nous, dont le pays historiquement (et encore aujourd’hui essentiellement) agricole faisait dire à Lyautée « au Maroc, gouverner, c’est pleuvoir »… Eh bien, nous avons prié pour que cesse de tomber la pluie !!
La joie que nous ressentions les autres années aux premières averses de la saison s’est transformée, cette fois-ci, en cauchemar.
Aux quatre coins du Maroc, des précipitations hallucinantes, parfois accompagnées de grêle se sont abattues sur des provinces entières, inondant, saccageant et même tuant sur leur passage.
Selon les informations officielles, ces fortes précipitations ont dépassé, dans certaines provinces, les moyennes annuelles enregistrées depuis cinquante ans !
Certaines régions, aujourd’hui déclarées sinistrées, ont enregistré une pluviométrie de 100 à 200% supérieure à celle  d'une année normale.
Les provinces de Nador, Figuig, Taourirt, Errachidia, Boulemane ou Khénifra, offrent un spectacle apocalyptique.
Mais plus que les habitations effondrées (par centaines), les axes routiers coupés, les digues rompues, les crues, les maisons submergées par les eaux, les matelas et autre modeste mobilier charriés par les boues, le cheptel englouti dans les intempéries, les pylônes du réseau de distribution électrique déracinés, les stations de traitement de l'eau potable noyées… Plus que tous ces dégâts matériels considérables que nous a montrés la télévision (et que certains d’entre nous ont pu constater, de visu, dans la région où ils se sont déplacés), il y a ces gens qui fendent le cœur.
Ces gens qu’aux premiers jours du désastre, nous avons vus, hagards, perdus et souvent résignés (la force de la foi !). Les uns faisant des signes de la main aux autres membres de leur famille restés sur l’autre berge et que le pont détruit ne leur permet plus de rejoindre. Les autres constatant que, du jour au lendemain, ils ne possédaient plus rien sur cette terre. Pas même une aiguille. Et les autres encore déclarant que depuis le début des intempéries, ils n’avaient ni bu, ni mangé…
Bien sûr, comme l’a annoncé le ministère de l'Intérieur, des aides de première nécessité (nourriture, couvertures) ont été distribuées et un dispositif a été mobilisé pour aider les populations en détresse, désenclaver les zones rendues inaccessibles et évacuer celles à risques.
Des commissions composées des représentants des familles sinistrées, des autorités provinciales et locales et des services extérieurs ont même été mises sur pied pour évaluer les dégâts et définir les besoins urgents des populations touchées.
Et, last but not least, le Roi a donné des instructions à l’armée pour appuyer ces opérations de sauvetage et d’assistance.
Or, si ce qui a été fait est appréciable, ce n’est pas assez.
On peut avancer l’ampleur des dégâts et leur éparpillement géographique, ainsi que les mauvaises conditions météorologiques qui rendent difficile l'accès aux zones touchées, pour expliquer pourquoi les secours sont réduits ou tardifs. Mais ce ne sont pas des arguments valables pour ceux qui ont tout perdu.
Si leur colère se manifeste déjà (par exemple, à Nador), c’est que leur angoisse est grande. Ils n’ont plus rien et craignent qu’après les premiers soins, déjà insuffisants, ils soient oubliés et forcés à s’installer dans un provisoire qui dure. De plus, ils ont peur, si cela est encore possible, de connaître pire que la situation actuelle, la saison des pluies ne faisant que commencer.
On le voit, les considérations humanitaires, autant que politiques, ne permettent absolument pas de traiter ce problème à la légère.

Bahia Amrani, Le Reporter

Le 19/10/2008

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